La place des Intentions dans la démarche Feng Shui
Dans
toute approche sérieuse où les arts subtils de la domotique interviennent, en
amont avec l’architecture ou en aval avec la décoration intérieure, les
processus de valorisation de l’habitat semblent fonctionner selon deux axes.
Le premier, éminemment spatial, est le fait de l’objet même de l’étude, à
savoir l’espace habité en 2 D ou en 3 D, qualifié ici d’horizontal. Le second
doit sa valeur temporelle à la progressivité méthodologique nécessaire pour
traiter les aplats comme les volumes, défini ici comme vertical.
Les
règles fondamentales du Feng Shui n’échappent pas à cette règle, s’organisant
selon un double schéma de convergence. Convergence de l’environnement
géographique global vers le site circonscrit de l’espace habité, zoom avant partant
du plus vaste point de mire vers le détail signifiant. Convergence également
d’une grille d’analyse singulière, d’un niveau de compréhension, vers une
lecture complexe multiforme, mise en réseau ou en résonnance des multiples paliers
d’informations indispensables à un juste diagnostique. Le double paradigme
vertical et horizontal forme l’éternelle croix dont le symbole est de tous les
lieux et toutes les époques une constante symbolique fondatrice. Mais pour que
cette double lecture de l’espace et du temps acquiert sa tridimensionnalité, il
faut considérer son axe central, son moyeu, le centre des deux axes : la
dimension humaine. Elle seule donne à lire au spécialiste le lien entre les
particularités temporelles, humaines et spatiales d’un lieu. Ces trois niveaux
d’analyse peuvent être définis comme trois énergies diverses en apparence mais
fondamentalement complémentaires. Ce triptyque renvoie invariablement le corps
de l’habitat qui est, rappelons-le, le sujet de toute étude Feng Shui, à la
trilogie de la personne humaine : esprit-âme-corps. Ne l’oublions pas, la
vocation des arts Feng Shui est de pourvoir aux aspirations humaines qui sur la
Terre s’incarnent le temps d’une existence, et dont les espaces habités sont
des éléments environnants et actifs qui impactent souvent de manière
déterminante certes, la vie des personnes, mais qui demeurent fondamentalement périphériques.
Pour
faire une analogie avec le champ aurique ou énergétique qui englobe le corps
physique, l’espace habité, la maison est une « bulle » d’énergie
supplémentaire qu’il nous faut traiter pour telle, sans oublier à qui profite
ces soins et qui en est le cœur.
Dès
lors, les singularités techniques du Feng Shui peuvent être envisagées selon
une perception qui relève autant des arts de la construction que de la
biodynamique : pour l’habitat, les animaux symboliques et leurs capacités,
les grilles Loshu et leurs sectorisations, les chiffres kua et leurs
orientations, les cycles des éléments et leurs interactions, et enfin les
Etoiles volantes et leurs combinaisons deviennent les éléments structurels,
l’ossature, voire la constitution organique. Le Qi en est le souffle vital qui
nous anime, nous pénètre et nous relie, tandis qu’au point médian, l’Homme
incarne le pont entre ciel et terre, à la fois échelle de verticalité et
d’horizontalité qui fait de l’humanité une place unique. Car bien que soumis
aux lois diverses, de la Terre et du Ciel, l’être humain conserve un droit
inaliénable et légitime à penser sa vie, à désirer sa vie, à vivre sa vie. Ce
triple droit est en lui-même une loi qui peut se substituer à beaucoup
d’autres.
Le
Feng Shui est un acte d’harmonisation, de potentialisation des forces en jeu,
visibles et invisibles, intelligibles ou non. Cela est un fait. Mais la part
d’intervention de l’Homme au regard de ses choix fondamentaux modifie parfois
lourdement l’impact, négatif ou positif d’un lieu.
L’intention
est un acte fort qui gouverne nos existences et dont l’usage nous échappe
parfois. Lorsqu’à l’extrême des modes de vie, l’ascète ou le moine méditant
dans sa grotte ou dans son temple accroché sur un sommet est pleinement
conscient de lui-même et des énergies en jeu, peu lui importe de savoir s’il a
une Tortue noire dans le dos. Il est intensément ancré dans la matière et
symétriquement ouvert sur le subtil infini, et cela suffit.
Bien sûr, pour l’Homme « merveilleusement ordinaire » que nous sommes
tous, l’aide extérieure incarnée par un bon Feng Shui demeure précieux, sans
qu’il nous faille pour autant oublier notre capacité innée à créer nos
intentions.
L’étude
d’un espace habité, pour prendre l’image des cercles concentriques, finit
invariablement par aborder cette valeur intentionnelle qui définitivement nous
fait passer du statut de victime de lois implacables, positives ou non, à celui
d’acteur responsable. Et cela change tout. Car en fin de compte, la liberté qui
est nôtre de choisir, d’internationaliser nos actes et nos pensées, est un don
naturel qui oriente beaucoup de paramètres et expliquent le pourquoi de tant de
réussite ou l’attente désespérante de résultats.
Un
exemple : une personne de ma connaissance, que je ne citerai pas par
respect, avait œuvré sur tous les secteurs de son appartement et donc sur son
Sud-ouest tel qu’on peut se le représenter. Tout y était activé pour valoriser
et activer les énergies des relations et plus intimement celles du secteur
« amour » comme on aime parfois le définir. La mécanique était du
point de vue des règles Feng Shui irréprochable et pourtant... Elle me fit un
jour la confidence qu’elle n’accordait pas de valeur à cela et qu’en fait elle
n’y croyait pas.
La
pensée déterminante d’un individu peut-elle contrecarrer les énergies
positives d’un bon Feng Shui ? Absolument ! Car, lui étant
destinées, ces énergies génératrice de bien-être ne peuvent opérer que pour
celui ou celle qui l’accepte comme tel. Personne ne peut recevoir ce qu’il ne
reconnait pas comme étant un présent. Ici, en l’occurrence, l’intention avouée
de cette personne sur l’inefficacité de son « secteur amour » lui
appartenait en mains propres. Son choix de ne pas y donner de crédit n’en était
pas moins actif et « interdisait » dès lors l’efficience d’une telle
profusion de réussite et d’épanouissement dans les domaines précis associés à
ce secteur.
La
symbolique est une voie courante dans notre société pour incarner la
tridimensionnalité de notre intention : la pensée-émotion-acte prend
soudain vie sous la forme d’un tableau au mur ou à une sculpture sur un meuble.
Bien entendu, elle n’est pas la seule voie possible mais demeure dans son
contexte éminemment visuel la plus abondement utilisée.
L’étude de ce phénomène qui semble relever de la simple esthétique décorative
est de toute évidence d’un intérêt tout autre. La compréhension de cette
dimension symbolique sert à confirmer ou à infirmer l’adéquation entre l’objet
visuel (tableau, photo, sculpture, objet…) et l’intention actuelle de la
personne qui vit sous le même toit. Dit autrement, l’icône représente quasiment
une forme-pensée de la volonté en action sur le plan des affects et du mental,
le tout « incarné » dans la densité picturale de l’objet. C’est un
peu la matérialisation symbolique de l’objet qui vibre inlassablement puisqu’en
dehors de sa forme même et de ses couleurs, nous l’avons choisi, accroché,
activé jour après jour.
Il
incombe d’en vérifier l’actuelle adéquation au risque de laisser cette
« forme » énergétique continuer d’œuvrer malgré nous, voire contre nous,
à l’opposé de notre nouvelle intention de vie.
Faire
un véritable choix en la matière consiste à accepter de remiser, voire de se
débarrasser de tout ce qui ne nous inspire plus positivement. Cela va du vase
ébréché, au tableau de tristesse absolu, au cadeau « empoisonné »
(n’en déplaise à la belle-mère), ou à tout objet de famille contenant le poids
des blessures antiques, parfaitement illégitimes de porter à notre tour comme fardeau.
Des
objets symboliques qui nous ressemblent ou plutôt qui nous parlent, avec qui
l’on vibre avec la même intensité, voilà ce qu’il nous faut oser en fin de
compte. Une fois la structure osseuse et organique de la maison mise en place,
nous pouvons enfin faire résonner la force de notre intention avec celle de son
pendant matériel et symbolique.
Autrement
dit, se fier à un bon Feng Shui ou à un mauvais dû à la « qualité »
environnementale, géobiologique, architecturale, aux orientations et aux usages,
et à la temporalité ne suffit pas. Ce serait bâtir, rénover, agencer et décorer
une maison vide, sans occupants. Chacune de ces étapes est précieuse et, bien
que le Feng Shui soit utile à n’importe quel moment de l’histoire de l’habitat,
mieux vaut s’y prendre en amont. Dans tous les cas, que l’intervention ait lieu
à la conception ou à l’habillage, le corps de l’habitat ne serait faire
l’impasse de la dimension humaine singulière qui l’habite.
Evitons
de gadgétiser le Feng Shui comme une recette facile dont la portée est
proportionnelle à la profondeur de la démarche. « Eclairer » le
palais central, cultiver l’ouverture, avoir conscience de soi chez soi est le
moins que l’on puisse demander aux artistes du Feng Shui de faire pour nous à
défaut de savoir le faire soi-même.
Pierre Musquin
Consultant et Formateur Feng
Shui
www.fengshui-art.fr
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