Hommes de couleurs,
par Pierre MUSQUIN, consultant et formateur en feng shui
Depuis l’aube des temps, l’être humain s’est illustré comme
Homme de couleurs, maniant l’outil et la matière pour révéler l’étendue naturelle
de ses nuances. Pour le marchand de pigments comme pour l’Académie des Arts, des
grottes aux musées, les couleurs, généreuses, se donnent à voir : primaires,
secondaires, chaudes, froides, intenses, contrastées, lumineuses ou sombres ! Du
rouge au violet, les sept couleurs spectrales révélées par le prisme se
réduisent à douze sur la palette du peintre, nombre suffisant pour en générer une
infinité. Poudre minérale pour les uns, simple équation numérique pour les
autres, la couleur est omniprésente sur tous les supports visuels d’ici ou
d’ailleurs. Les toiles s’admirent, les corps et les murs s’habillent, les
objets nous attirent. Nous baignons depuis notre naissance dans un océan coloré
dans lequel nous ne saisissons que le bout de l’iceberg, tant l’immensité
immergée des couleurs ne parle qu’à notre inconscient. Le monde vibre avec une
telle intensité chromatique que l’humanité entière en est hypnotisée, comme si
la nature de la couleur était pour nos yeux ébahis rien de plus qu’une
évidence.
L’affaire semblant plus nuancée, tâchons d’esquisser
l’ébauche d’un éclaircissement.
Newton, d’abord, démontre par la physique la décomposition de la lumière
blanche, trace la carte des fréquences visibles, et établit que les couleurs
spectrales ne sont rien de plus que rayonnement et longueur d’onde. Goethe,
ensuite, affirme que la couleur est liée à notre perception subjective, donc changeante,
et que par conséquent la loi physique seule ne suffit pas à définir sa nature
propre. D’autres scientifiques-visionnaires évoquent l’aura, le champ
énergétique de tout corps et son rayonnement lumineux cartographié en au moins
sept niveaux, chacun possédant ses propres caractéristiques et ses couleurs. On
retrouve là l’analogie avec les sept principaux chakras brahmaniques qui, de la
base au sommet du corps humain, répondent à la même constance de vibrations :
rouge puis orangé, jaune, vert, bleu, indigo et enfin blanc-nacré, les sept couleurs
de l’arc en ciel. Pourtant, les variations de nos affects semblent bouleverser
l’équilibre de notre propre champ énergétique au point de laisser entendre que
notre attirance du jour pour la couleur d’un vêtement pourrait signifier notre
besoin de cette fréquence sur notre corps, momentanément affaibli sur ce plan
précis…
Reprenons et essayons d’éclaircir l’obscurité.
La lumière blanche solaire est mère des couleurs, cela ne fait pas l’ombre d’un
doute. Elle révèle la beauté phénoménale du monde visible, tandis que du point
de vue de l’observateur, l’œil et le cerveau humain perçoivent, ressentent et
jugent inconsciemment la force effective et symbolique des couleurs. De cette
rencontre scientifique et subjective naissent des émotions qui agissent en nous
comme des leviers sur notre état psychique et même physique, d’après la
recherche actuelle en chromatologie. Couleurs de joie, de calme, d’exaltation
ou de tristesse, à chacun ses humeurs et ses besoins du moment.
De son côté, la mode enchaîne les saisons et le ton des tissus s’aligne,
tâchant de créer son incessant et irrésistible effet de désir collectif. Avec autant
d’audace dévoilée, la décoration intérieure de notre habitat s’enlumine de
mille teintes afin de nous vêtir du sol au plafond. Les couleurs sont lâchées
et elles s’expriment tous azimuts.
Le Feng Shui apporte un éclairage supplémentaire à cette
réflexion, à savoir la fonction des couleurs sur les espaces. Concernant le corps
du bâti, est défini le type de chaque couleur, sa polarité, son placement et son
adéquation suivant une nomenclature millénaire. Traditionnellement, la
symbolique de la couleur jaune exprime la lumière céleste, l’intelligence, la
science et la sagesse universelle auxquels le Feng reconnaît des qualités de
sociabilité, d’expansion, de concrétisation, l’associe à l’élément Terre et à
trois secteurs spécifiques, le Centre, le Sud-ouest et le Nord-est. Pourtant,
la couleur en soi ne suffit pas. Une juste démarche Feng Shui dans un projet de
décoration ou d’harmonisation des lieux engage à définir le caractère de tel ou
tel jaune, ocre ou non, de sa tonalité, brillant ou mat, laqué ou patiné, franc
ou pastel, de l’emplacement de cette couleur dans les pièces adaptées à son
usage, et de sa place dans la composition des lieux avec les autres couleurs en
présence. Sachons doser ! Ce jaune n’est-il pas plus rayonnant et
réjouissant quand il contraste avec des tons plus sombres ? Un jaune trop
lumineux dans un espace Yin, calme, relaxant n’est-il pas démesuré ?
Mesure, mesure…
Pour le Feng shui, un rouge peut donc être chaud, ardent, guerrier, sensuel,
passionné, spirituel ou volontaire, le feu qui l’habite doit pouvoir trouver sa
place dans le palais Sud, dans une juste proportion et la compréhension de ses
effets, mais également en fonction de la nature de la pièce visée. Car ses
effets doivent pouvoir être en accord avec sa nature Yang, différemment vécue
s’il s’agit du salon, de la cuisine ou de la chambre à coucher. Et il en va de
même pour chaque couleur de l’habitat. Bien plus qu’une stratégie de relooking
mural, le Feng Shui aborde la couleur pour sa fonction première : nourrir
le corps de l’habitat avec l’intention de répondre aux besoins fondamentaux des
habitants sur tous les plans de leur vie, dans le respect de leurs aspirations
en la matière, et en conscience de leurs réticences à l’égard de certaines
tonalités.
La légitimité des couleurs dans nos espaces de vie exige rien
de plus que l’adéquation esthétique, les lois de l’optique, le critère
subjectif et des règles simples d’équilibre. Mais, réjouissons-nous comme le peintre-apprenti
devant l’objet de son attention car, bien que nécessitant études et
expériences, l’art subtil de la couleur trouve depuis toujours une résonnance naturelle
à nos yeux, notre cœur et nos mains.
Par Pierre Musquin
Consultant et Formateur Feng
Shui
www.fengshui-art.fr
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